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La Légion Rhumaine

Compte rendu des dégustations du club de rhum et de ses activités.

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Publié le 30 Août 2016 par La légion Rhumaine

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Continuons notre voyage en direction de l’océan Indien, cette fois, pour notre quatrième rhum de la soirée :

New Grove single barrel 2004

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Souvent évoqué sur les pages de notre blog, voici un petit rappel concernant cette maison :

C'est en 1838 que 3 frères Harel font l'acquisition du domaine de la sucrerie Belle Vue afin de développer la production de sucre de canne dans le nord de l'Île Maurice. Ce n'est qu'en 1932 que la société Harel rachète la distillerie OK & Co ltd qu'il rebaptise Grays. En 2004, grâce au partenariat avec la société Quartier Français de la Réunion (nouvelles techniques de vieillissement avec l'achat de fûts de grande qualité), le rhum vieux traditionnel New Grove est né. Au jour d’aujourd’hui, la distillerie produit environ 6 millions de litres d’alcool par an. Ce Single Barrel 2004, embouteillé brut de fût, a vieilli 9ans dans d’anciens fûts du limousin. A notre connaissance, ce millésime aura été soutiré de 4 fût (13-04-155 / 13-04-149 / 13-04-151 / 13-04-161) pour un total approximatif de 1000 bouteilles. Nous aurons droit, ce soir, à la bouteille n° 225/254 du fût 13-04-149.

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Nous avons une belle couleur acajou aux généreux reflets dorés. Un fin col, délicatement formé sur les parois, laisse s’écouler lentement les fines jambes. C’est prometteur...

Le nez est puissant et gourmand sur des notes boisées (bois humide) avec une omniprésence de fruits exotiques (mangue, fruits de la passion,…). La vanille vient enrober les autres fruits un peu plus en retrait (abricots, nectarines) alors que de petites notes poivrées relèvent l’ensemble.

La bouche est toujours aussi fruitée et exotique avec de douces notes épicées de poivre rose.

Le boisé humide vient contrebalancer le tout avant que les agrumes apportent de la fraîcheur et un côté plus acidulé.

La finale, des plus douces, est magnifiquement longue sur le bois humide toujours avec ces généreuses notes fruitées d’abricot et de mangue.

S’agissant d’une maison que nous affectionnons particulièrement, c’est toujours un plaisir de déguster un de leur single Barrel, Ce 2004 est la première édition sortie sur notre marché, à vrai dire… Depuis, les millésimes se sont succédés avec la même réussite gustative et commerciale. Et cette version, alors ? Nous vous en avions déjà parlé lors d’un précédent article (lien). Au risque d’être un peu répétitif, nous avions tout de même envie, ce soir, de le noter tous ensemble. Pour faire simple, nous pouvons dire que ce rhum figure parmi nos favoris. L’alcool magnifiquement fondu, la persistance des fruits exotiques (particulièrement la mangue) et le boisé (humide et si particulier) rendent l’ensemble très accessible et gourmand à souhait. Un rhum devenant très très rare mais vers lequel nous retournons inlassablement…

 

Prochaine étape, la Guadeloupe où une distillerie est régulièrement représentée par une foule d’embouteilleurs indépendants. Ce soir, découverte pour nous :

Cadenhead Bellevue 16 ans 1998

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Fondé par George Duncan 1842 à Aberdeen en Ecosse, WM Cadenhead est la maison d’embouteillage indépendant la plus ancienne au monde. Après avoir rejoint son beau frère dans la société, William Cadenhead en devient l’unique propriétaire en 1858, au décès de George. Au jour d’aujourd’hui la marque appartient à la famille Mitchell, également propriétaire d’une autre maison de négoce : Springbank. A l’instar de plusieurs autres embouteilleurs indépendants, Cadenhead embouteille ses single cask (provenant d'un fût sélectionné individuellement), sans filtration ni modification ou ajout de colorants. L’édition de ce soir nous provient de la distillerie Bellevue en Guadeloupe. Après 16 ans de maturation en fût, elle a été embouteillé à son degrés naturel, 57,1°.

 

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

La couleur tire sur le vieil or avec un fin col. C’est peu gras sur le verre et les larmes assez discrètes.

Le nez, de prime abord fort porté sur l’alcool, exprime des notes boisées bien prononcées ainsi qu’un côté plus vineux (porto, sherry). Au nez, les raisins secs, l’amande et le sucre vanillé apportent de la gourmandise avec en arrière plan un petit côté acidulé. Le boisé est, quant à lui, bien intégré. C’est assez fidèle à ce que la distillerie peut proposer de manière général.

L’attaque en bouche est plutôt sèche, puissante et vive sur la réglisse. L’alcool, moins bien intégré, est à nouveau assez marqué. L’ensemble se fait ensuite plus sirupeux avec la présence remarquée de l’orange sucrée. Quelques épices ainsi que du bois sec viennent finalement englober le tout. La fin de bouche est, pour sa part, marquée par une légère amertume.

La finale plutôt longue n’est pas dans la continuité de la bouche. Un retour mielleux bien agréable vient en effet sublimer la canne fraîche, la réglisse et la menthe poivrée.

Premier essais Cadenhead pour la troupe, donc. Bellevue par contre, nous connaissions tant les embouteilleurs indépendants en sont friands et s’en donnent à cœur joie ! Pour ce rhum, bien qu’il nous soit apparu sans réel défaut, nous ne pouvons pas dire que nous soyons tombés sous le charme d’une personnalité hors du commun. La présence d’alcool et la disparition des fruits au fil de la dégustation ont rendu l’ensemble plus sec et moins délicat. Globalement, nous resterons sur une impression positive grâce à un nez bien maîtrisé et une belle tenue en bouche.

Ce Bellevue nous a donc plu mais le problème est que ce cinquième rhum de la soirée avait dès le départ une place cruelle dans notre line-up. Une sorte de première partie ingrate dont l’assemblée ne se soucie que très peu. Nous l’avons apprécié mais nous ne l’avons pas noté comme il l’aurait fallu, avec concentration, rigueur, minutie…

Le soucis (qui n’en est pas vraiment un) est que nous n’avions d’yeux que pour le dernier rhum la soirée :

Albion 1994

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Comme ça en devient presqu’une tradition (tant que nous pouvons encore nous le permettre), nous terminons notre dégustation avec un bon vieux Demerara Full Proof sélectionné par Maestro Gargano. Pour ceux qui auraient manqué les nombreux épisodes où nous avons parlé de Luca 'Ruruki' Gargano (et de sa marque Velier), il s'agit certainement du meilleur embouteilleur indépendant de notre génération (voire de tous les temps). Retour donc à Georgetown où ce Millésime a été embouteillé en Février 2011 après 17 ans de vieillissement tropical en Guyana. Même si le doux nom d'Albion figure sur l'étiquette, ce n'est pas exactement de cette distillerie dont ce rhum est originaire dans la mesure où celle-ci a fermé ses portes en 1968. En effet, en 1994, il ne restait qu'une colonne en bois (wooden continuous Still comme indiqué sur les boîte et étiquette de la bouteille) et seule la distillerie Enmore possédait un tel alambic (Enmore Coffe Still). Les marques AN sur les fûts sont simplement les premières lettres de ALBION et NIGG, deux anciennes plantations qui ont fusionné par le passé. Passons donc à la dégustation de cet assemblage issu de quatre fûts (#7100 - #7101 - #7102 - #7103) affichant 60,4%.

20 ème dégustation - Juin 2016 - part II

Comme bien souvent avec cette marque, le simple fait de verser quelques centilitres dans nos verres finit par rendre ce simple geste sacré. Une fois servis dans nos tulipes, nous visualisons une magnifique couleur ambrée tirant sur l’acajou. C'est excessivement profond, intense et brillant à souhait. De légers reflets dorés font une discrète apparition tandis qu'un fin disque verdâtre semble planer en surface. C'est, comme à l'accoutumée, assez gras et les longues larmes, que laisse péniblement échapper la couronne, glissent lentement le long des parois. C'est tout simplement envoûtant !

Au nez, c'est intense, riche, complexe et on ne peut plus concentré. Les arômes se bousculent littéralement au portillon. Les premières effluves de vernis dissipées, nous pouvons détecter du café fraîchement torréfié, du tabac, de la vanille, des fruits secs (noix, amande) et des fruits séchés (figue). Nous retrouverons également un petit côté mentholé et acidulé en arrière plan. La présence d'alcool se fait, quant à elle, presque oublier. Après une belle aération, l'ensemble bascule dans une douceur inattendue et presque improbable où la gourmandise prend définitivement le pas sur le reste avec de la glace à la vanille et du moka.

Dans la continuité du nez, l’attaque en bouche se fait tout en douceur, sans agressivité notable. Même si encore une fois l'alcool est parfaitement intégré, cela reste malgré tout relativement puissant. Rapidement, nos palais se réchauffent considérablement grâce à un équilibre parfait de notes boisées, fumées et de boîte à cigare. En prenant la peine de ne pas nous précipiter, nous constatons que l'ensemble évolue lentement vers quelque chose de plus pâtissier et de plus gourmand avec la présence de fruits compotés, de vanille et d’ amandes. Une légère astringence se fera tout de même ressentir en rétro mais n'influencera en rien nos sentiments concernant la perfection et l'équilibre de cette bouche.

La finale, interminable, se montrera chaude, équilibrée et complexe sur le bois, les raisins de Corinthe, la vanille et le moka. Une pointe d'acidité rehaussera cet instant incroyablement doux et gourmand. Magique !

Certains d'entre nous, connaissant ce rhum, savaient pertinemment où nous mettrions les pieds ce soir. Aucun doute n'était permis concernant cette pépite se vendant désormais à prix d'or. Nous étions cependant très loin de nous douter que les sensations décrites laconiquement par l'un ou par l'autre légionnaire, nous prendraient à ce point aux tripes. Ce rhum au tempérament hors du commun, alliant à la perfection puissance et douceur, nous a littéralement bouleversé. Un véritable chef d’œuvre d'un temps malheureusement révolu. Un temps où un génie, épaulé par son mentor, pouvait encore sélectionner et embouteiller ce qu'il estimait être les meilleurs Full Proof de chez DDL (Demerara distillers limited). Alors oui, certains amateurs ont les poils qui se hérissent lorsqu'ils entendent parler de rhum favori, de classements, etc... Tout ne serait que question de moment, de temps, de ressenti... Nous pensons qu'il existe cependant des exceptions et cet Albion en fait certainement partie. En ce qui nous concerne, nous pouvons dire que ce bijou se place, à n'en point douter, au-dessus de tout ce que nous avons eu l'occasion de déguster jusqu'à présent. La spéculation étant ce qu'elle est, je vous souhaite sincèrement de mettre la main un jour sur cette bouteille à un prix que vous jugerez raisonnable, de l'ouvrir (surtout) et de prendre du plaisir comme ça aura été rarement le cas...

 

C'est avec cette magnifique bouteille que nous terminons ainsi notre soirée.

A bientôt pour de nouvelles notes !

Ps : Un énorme merci à un autre membre de la famille Quidedroit (Cyril, cette fois-ci !), pour ses précieuses informations concernant l'Albion !

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