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La Légion Rhumaine

Compte rendu des dégustations du club de rhum et de ses activités.

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

Publié le 28 Septembre 2016 par La légion Rhumaine

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

Deuxième partie de soirée donc, où le jeu du rhum à l’aveugle fait enfin son grand retour (toutes les excuses sont, bien évidemment, bonnes pour en déguster un de plus!)…

Pour ce soir, Ruben nous a sorti un rhum que peu d’entre nous ont eu l’opportunité de goûter. Au visuel, c’est assez sombre et gras. Les premières notes pour le moins identifiables (caramel au beurre salé et vanille) nous informent que nous sommes en présence d’un Ron (rhum d’origine latine). C’est cependant un peu moins traditionnel qu’à l’accoutumée. De la puissance et un certaine concentration se font assez bien ressentir… Nous dégustons, nous cherchons mais personne ne (re)connaît le produit (sauf un, un peu pistonné !). Au final, nous apprécions assez bien celui-ci. Nous nous demandons d’ailleurs s’il ne serait pas intéressant de l’intégrer lors d’une de nos prochaines dégustations ! Salivant devant nos trois derniers rhums déjà servis et afin de ne pas y passer la soirée non plus, le patron nous vend la mèche. Belle surprise, il s’agit du Malecon small batch 1996 (20 ans, 48,4%) dont nous vous reparlerons très certainement en détails lors d’un prochaine soirée !

Dirigeons nous à présent vers le nord de la Martinique, sur les flancs de la montagne Pelée, plus précisément à Macouba où une distillerie est souvent évoquée lors de nos dégustation.

Rhum J.M 1996 - 15 ans

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

En 1845, Jean-Marie Martin rachète le domaine de l' Habitation Fonds Préville fondé en 1790 et crée la marque J.M. En 1914, Gustave Crassous de Médeuil reprend l’affaire avec ses héritiers. Il la fusionnera ensuite à son habitation Bellevue pour former une propriété de 400 hectares. En 2002, le propriétaire des rhums Clément en deviendra l’actionnaire principal. A ce jour, J.M propose une gamme des plus complètes de rhums agricoles parmi laquelle figurent deux millésimes renouvelés chaque année : un 10 ans et un 15 ans (étiquette cuir). Après avoir découvert la finition cognac, le multimillésime et le 10 ans (2003) lors de nos différents line-up, dégustons ce soir un des derniers embouteillages 15 ans. Cette cuvée a été mise en vieillissement en septembre 1996 dans des fûts de chêne brûlés variant de 180 à 200 litres et ayant préalablement contenu du bourbon. En date du 24 mai 2013, ce millésime a finalement été embouteillé « brut de fût » (sans réduction) à 44.4% après avoir subi un perte de 70 % (part des anges). Dans ce cas précis, il ne s’agit donc pas vraiment d’un 15 ans mais plutôt d’un (plus de) 16 ans. Nous aurons droit à la bouteille n°916. On craque la cire (on essaie de le faire proprement pour ne pas flinguer le visuel mais on n’y arrive pas) et on découvre...

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

Nous avons une éclatante couleur dorée cuivrée aux reflets or. Déformant l'épaisse couronne, de petites gouttelettes se transforment rapidement en larmes. Celles-ci se laissent glisser plus ou moins lentement le long des parois qu'elles tapissent généreusement.

Le nez est typique et concentré. La douceur détectée dans un premier temps laisse facilement entrevoir toute la complexité et la richesse du produit. Assez fin pour sa part, le boisé se fait bien présent mais se fond entièrement sur une pomme Granny à l'acidité bien marquée. L'ensemble est en perpétuel évolution. Des notes plus végétales et plus fraîches se font également ressentir. La pomme se fait plus mûre et cède un peu de terrain à des arômes plus gourmands avec la vanille et les fruits confits (abricot, cerise). Nous aurons encore un peu d'alcool, du tabac, de la réglisse et une pointe de chocolat noir en toile de fond.

L'attaque est assez douce et toujours portée sur cette pomme verte. Même si cela se réchauffe quelque peu en bouche, nous restons sur le registre de la finesse et de la gourmandise. Après s'être fait pressé, le fruit évolue ensuite de manière surprenante sur des notes de cidre à la pomme. La puissance délivrée semble être légèrement contenue bien que ça soit riche et consistant. L'ensemble se fera finalement un peu plus astringent et une légère amertume s’annoncera en fin de bouche. Le boisé se distinguera à nouveau par son élégance et son raffinement.

La finale est longue, chaude et persistante. La pomme Granny ne nous a pas quitté d'une semelle et est à nouveau au rendez-vous. Un petit côté anisé fait son apparition et apporte une certaine fraîcheur. L'alcool ainsi qu'une certaine amertume se montre une nouvelle fois assez bien présent à l'issue de la dégustation.

Petit rappel : nous sommes en octobre 2014 à Verviers et certains parmi nous découvrent ce millésime. Il est toujours intéressant de se souvenir qu'à l'époque, bon nombre d'entre nous avaient certaines réticences à l'égard des rhums agricoles (mais ça, c'était avant...). Ce J.M 1996 était apparu comme un réel coup de cœur, comme LA révélation du premier salon du rhum « made in Belgium ». La porte nous menant vers les rhums des Antilles françaises avait été alors définitivement ouverte (c’était déjà le cas pour les plus incompris du groupe !). Par la suite, les autres cuvées se montrant tout de même de bonne facture, ne nous auront malheureusement jamais emportés de la sorte. Disparaissant au fil du temps et affichant des prix toujours plus élevés sur les étagères de certains cavistes, ce 1996 n'en est devenu que plus désirable. Trois ans plus tard, c'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons pu déguster une nouvelle fois ce millésime ! Il se sera montré tout simplement fantastique en nous procurant toujours autant de plaisir. La finesse, la complexité et la fraîcheur auront été les maîtres mots. Bref, vous l'aurez sans doute compris, nous avons trouvé cette cuvée excellente. Maintenant, si vous avez un truc pour ouvrir la bouteille en gardant un minimum d’aspect esthétique pour la cire du bouchon, on prend...

Nous restons en Martinique pour notre dernier agricole de la soirée :

Trois Rivières single cask 2001 - 2013

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

L’histoire de cette maison commence en 1660, au début de la colonisation de la Martinique, ce n’est qu’en 1785 que la fabrication du rhum se joint à celle du sucre. En 1905, Amédée Aubery acquiert le site, s’en suit une modernisation et un arrêt de la fabrication du sucre. Depuis 1940 la production est uniquement consacrée au rhum agricole. Notons que de 1953 à 1972 le rhum Trois Rivières est commercialisé sous le nom de Duquesne. Il faudra attendre 1980 pour que la distribution s’étende à l’Europe. En 1996, le rhum Trois Rivières obtient le label AOC (appellation rhum de Martinique contrôlée) deux ans après son rachat par la société BBS. Fin 2014, la gamme connaît une refonte complète et de nombreux nouveaux produits voient le jour (blancs, entrées de gamme, single cask, cask strength, millésimes etc). Ce soir, nous allons cependant déguster un des single Cask 2001 ancienne génération. Mis en fût de chêne type Missouri le 31/05/2002, ce rhum y restera pratiquement 11 ans. Il sera ensuite embouteillé le 4/04/2013 à un degré de 47,6%. Nous aurons droit à la bouteille n°35 des 288 produites avec ce fût (n°15 – 22).

 

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

La couleur s’oriente vers du cuivré aux généreux reflets dorés. La couronne est irrégulière et laisse retomber facilement les larmes épaisses. C’est limpide et brillant à souhait.

Au nez, nous sommes sur du classique concernant cette maison avec de la canne fraîche et de la réglisse en avant plan. L’alcool est détectable mais ne dissimule aucun autre arôme. Les fruits verts, et en particulier la pomme, apportent des notes acidulées tandis que les fruits compotés se chargent du côté gourmand. Le bouquet devient ensuite un peu plus épicé avec le gingembre et le curcuma.

L’attaque en bouche est vive, dense et puissante. L’alcool est parfaitement bien intégré. Les épices (réglisse et gingembre) et les fruits (pomme verte, …) nous maintiennent dans la continuité du nez. La fin de bouche est marquée par un côté floral et par un boisé tout en maîtrise.

La finale est longue et chaude sur le menthol. A nouveau, nous restons sur un registre similaire : un boisé discret mais totalement intégré, un peu d’alcool, de la réglisse et des fruits confits. Le résultat est assez homogène et vraiment bien réalisé.

Réussite totale pour ce Trois Rivières 2001. C’est un rhum qui nous aura apporté tout ce que nous cherchions auprès de cette maison. Les marqueurs traditionnels ont été présents et admirablement bien exécutés. Un rhum rempli de maîtrise où la fraîcheur aura flirté avec la puissance tout au long de la dégustation.

 

Il est là, oui, nous ne rêvons pas... Même s'il aura fallu qu'il craque son slip pour que notre Légion puisse enfin le déguster, Cesar l'a fait. Place à la rencontre :

Velier UF30E 1985

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

Dans un monde où les amateurs de rhum les plus férus évoluent, il est surprenant, voire même très étrange, de ne jamais avoir entendu parler de ce rhum au nom si peu conventionnel. Disparue des étagères depuis de très nombreux mois, cette bouteille apparaît cependant de temps à autres sur certains sites d’enchères à des tarifs astronomiques. Mis en vente en 2012 à raison de 814 exemplaires, nous parlons bien d’un rhum d’un genre révolu, aux caractéristiques étant devenues extrêmement rares. Pour les plus néophytes d’entre nous, rappelons cependant en quelque mots, ce qui a été et restera sans aucun doute l’un des plus belles réalisations de Maestro Gargano. Pour commencer, ce nom si atypique nous donne les indications de la distillerie (Uitvlugt - Demerara Distillers Limited ) et de la situation géographique du champ de canne à sucre ayant fourni la mélasse (Field 30 East). Nous pourrions même parler d’une sorte de parcellaire avant-gardiste. Distillé dans une double colonne savalle en 1985, ce rhum a ensuite été entièrement vieilli sur place au Guyana. Il a finalement été embouteillé en 2012 à son degré naturel (60,7%) à l’issue de 27 années de vieillissement. Après leur passage, nos anges (bien gourmands pour le coup et appréciant visiblement les bonnes choses) n’auront laissé que 10 % du volume initial, soit 3 fûts des 26 initiaux ( #10548, #10552 et #10553). Tout simplement incroyable !

Découvrons sans tarder ce qui pourrait s’avérer être un des plus grands rhums de l’Histoire...

 

21 ème dégustation - Septembre 2016 - Part II

Au niveau de la couleur, nous sommes sur un acajou des plus profonds. Les reflets cuivrés sont assez présents. C’est excessivement gras, à la limite visqueux. Figées, les larmes semblent prisonnières de l’épaisse couronne. Certaines d’entre elles parviennent à s’échapper et se répandent nonchalamment sur les parois du verre.

Comme nous étions en droit de le penser, le nez est extrêmement riche, concentré, puissant et complexe. Notre breuvage a besoin de suffisamment de repos afin de se laisser découvrir. Quoi de plus normal en fin de compte ? Nous retrouvons au premier nez les notes traditionnelles de vernis et de bois. Les fruits se dévoilent ensuite avec le pruneau, le raisin de Corinthe, la mangue et l’ananas. L’évolution est constante et nous ne cessons d’être baladé. L’ensemble se fait par moment plus floral, herbacé et frais grâce au menthol. La cassonade, la vanille et les fruits confits apportent leur lot de gourmandise. Les épices sont représentées à leur tour par le poivre blanc et la muscade. Ce nez apparaîtra même quelque peu crémeux.

L’attaque en bouche se fait tout en douceur sur la réglisse et le pruneau. Le palais est totalement imprégné et les papilles sont sollicitées de toutes parts. C’est lourd, toujours aussi complexe et riche. Les sensations sont cependant plus chaudes et plus fumées laissant les fruits exotiques (notamment la mangue) un peu plus en retrait. Cela ne cesse de se réchauffer sur du tabac presque réduit en cendre. La menthe et le poivre blanc titilleront à nouveau nos langues tandis que de l’amertume sera perçue en rétro-olfaction.

La finale, entièrement maîtrisée, est extrêmement longue sur les fruits confits, les fruits frais (ananas) et les fruits secs (banane séchée et raisins secs). Beaucoup plus présent, l’alcool se fond quant à lui sur un boisé presque humide. Le tabac et une pointe d’acidité clôtureront cette finale interminable.

C'est toujours le même refrain avec ce genre de bouteille : au moment de déguster un monument, quelque chose se passe systématiquement. En effet, l'euphorie de faire la rencontre d'un des rhums les plus fascinant au monde se mêle à la tristesse de cette occasion qui ne nous sera sans doute plus jamais donnée. Pas toujours évident dès lors de garder son calme, de profiter du moment et de noter de manière attentive, consciencieuse et neutre. Pour ce qui est de cet UF30', nous aurions pu nous lancer dans l’énumération d’une centaine d’arômes sans nous y méprendre tant le bouquet était garni. Nous nous sommes simplement contentés de souligner les notes les plus marquantes en savourant l’instant. Finalement empreint d’une certaine sagesse, le fauve se sera laissé approcher puis dompter de façon presque inattendue. Notre dégustation n’en aura été que plus plaisante. Il s'agit indiscutablement d'un rhum d'exception, d'une pièce de musée à considérer comme telle. A l'issue de cette dégustation, nos pensées seront aussi allées vers ces personnes qui ont fait l'acquisition à l’époque d'une des 814 bouteilles, pour la somme de 149 Eur. Nous avons, par contre, un peu moins parlé de celles qui les revendent aujourd'hui à plus de 1000 Eur...

 

A bientôt pour de nouvelles notes !

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