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La Légion Rhumaine

Compte rendu des dégustations du club de rhum et de ses activités.

Dégustation octobre 2016- pt II

Publié le 27 Octobre 2016 par La légion Rhumaine

Dégustation octobre 2016-  pt II

Passerelle récurrente au sein de la Légion : de la Guadeloupe, nous voguons vers Marie-Galante. C'est donc sur l'île aux 100 moulins et plus précisément chez Bielle que nous posons nos valises pour le quatrième rhum de la soirée...

Bielle 2003 brut de fût

Dégustation octobre 2016-  pt II

L'histoire débute en 1769 avec la caféière que détient la famille Bielle. Suite au décès du père en 1812, Nicolas, l’aîné des quatre enfants reprendra la propriété. Celui-ci s'associe ensuite avec son frère Maximilien pour créer une sucrerie en 1826. Succession laborieuse, dissolution de la société et reprise se succéderont après la mort de Nicolas en 1847. Le début de la production de rhum agricole date de 1900. Après la seconde guerre mondiale, Bielle tombera en ruine mais sera rachetée en 1955 par Paul Rameaux. Elle sera laissée à l'abandon jusqu'en 1975, date de reprise en main par son petit neveu: Dominique Thiéry. Actuellement, la distillerie produit 2.000 HL d'alcool pur/an (330.000l à 59%), à l'aide de trois colonnes Savalle. Elle dispose de 1.000 fûts de vieillissement (principalement bourbon). Récemment, Bielle a également fait l'acquisition de fûts de cognac, vin de Bourgogne et de sauternes.... Depuis 2005, la distillerie abrite également deux alambics en cuivre (Müller) appartenant à la marque Rhumrhum. Pour revenir à ce millésime 2003 brut de fût, plusieurs versions au pourcentage d'alcool sensiblement différent ont pu successivement voir le jour (53,1%/53,9°/54,5°/54,8°/55%/56,2%/59,8%). Affichant 52,9%, l'édition de ce soir a été vieillie 8 ans en fût de chêne avant d'être embouteillée à son degré naturel, sans filtration.

Nous avons du cuivré plutôt léger aux magnifiques reflets dorés. Les larmes sont assez grasses et se répandent lentement le long du verre. Cette couleur aurait même tendance à tendre vers l'or. La robe est huileuse, épaisse mais non moins éclatante.

 

Au nez, c'est concentré et vif tout en étant d'une finesse remarquable. Les premières notes sont fraîches et acidulées avec du menthol et des fruits à chair jaune des plus juteux (pêche, abricot, mangue, ananas). Le bouquet se veut ensuite plus gourmand avec la vanille bourbon. L'ensemble est également marqué par un léger côté plus floral avec la présence parfumée de la violette. Le boisé est relativement bien fondu alors que l'alcool est quasiment dissimulé. C'est exécuté à la perfection !

 

 

L'attaque en bouche est puissante, fraîche et toujours aussi concentrée. Les fruits jaunes (ananas et mangues) sont à nouveau présents mais se montrent un rien plus discret au détriment des notes beaucoup plus boisées et tanniques. Les épices (gingembre et vanille) se mariant à la perfection avec les fruits secs (amandes) laisseront une empreinte résolument gourmande. Nous auront une amertume presque insignifiante et une légère astringence en fin de bouche. Cela ne gâchera cependant rien de cette bouche magnifiquement équilibrée.

 

La finale est extrêmement longue sur ces mêmes notes boisées et tanniques (qui s'estomperont au fur et à mesure). Un retour très remarqué de la canne fraîche confirme à nouveau cette sensation de fraîcheur que nous avons eu tout au long de la dégustation. La vanille viendra finalement clôturer celle-ci d'une bien jolie manière.

Belle démonstration de maîtrise, de fraîcheur et de gourmandise pour ce brut de fût. Il s'agit d'un rhum sans défaut qui aura véritablement comblé toute notre assemblée. Certains d'entre nous l'ont trouvé meilleur que son actuel successeur (2007 -57,3%), d'autres non. En règle générale, nous n'avons jamais été déçu des Bielle et ce millésime confirme tout le bien que nous pensons de cette maison. Un beau produit, donc, devenant de plus en plus difficilement trouvable...

Comme on est de moins en moins original et que le principe des line up aux destinations variées a pris un vilain coup dans l'aile depuis quelques soirées, on retourne en Guadeloupe (ou plutôt en Suisse !). Pour le rhum suivant, nous avons en effet jeté notre dévolu sur un embouteillage un peu moins conventionnel concernant la maison en question...

 

Reimonenq 2007 grande réserve (by rhumhouse)

Dégustation octobre 2016-  pt II

Rhumhouse est l’importateur officiel suisse de rhums tels que Reimonenq, J.M, HSE, Bielle, Père Labat, Domaine de Courcelles, Chamarel, Chantal Comte, Diplomatico. Notre rhum provenant de la distillerie Reimonenq a donc été sélectionné, importé et embouteillé par leurs soins. Mis en vieillissement dans des fûts de bourbon en juin 2007, il a ensuite été mis en bouteille en septembre 2016. Nous aurons droit à la bouteille 61/300 extraites du fûts n°132. 57 % au compteur !

Au niveau de la couleur, nous sommes sur du cuivre profond aux reflets acajou. C'est gras, bien brillant et la fine couronne laisse filer les jambes très lentement.

 

Le nez est puissant, riche, concentré et vineux. Nous partons d'abord sur les fruits confits (cerise) et les fruits exotique (carambole). Les épices douces et particulièrement la cannelle délivrent de la chaleur alors que le menthol tente d'amener une touche de fraîcheur. Le boisé si propre à la maison est bien présent mais se fond totalement sur les arômes se faisant de plus en plus gourmands et sirupeux.

 

L'attaque en bouche est puissante, explosive mais surtout corsée. Les notes se font de moins en moins douces et de plus en plus fumées. Les épices (poivre) un peu trop prononcées, le cuir et le bois brûlé ne cessent de chauffer nos palais. C'est un peu déséquilibré sur des arômes devenant beaucoup trop chaud. Au milieu de ce volcan en ébullition, nous percevons une pointe de citron jaune.

 

La finale, quelque peu acidulée et assez piquante (voire pimentée) paraît légèrement courte tant la bouche a envoyé de la chaleur et de la puissance. Les arômes se font beaucoup plus discrets laissant planer à nouveau un sentiment de déséquilibre. L'alcool se manifestera maladroitement en rétro-olfaction.

Petite déception pour ce rhum. Resituons le contexte : Lors de nos diverses soirées, nous nous sommes régulièrement dit qu'il serait intéressant de déguster un Reimonenq brut de fût. En effet, les embouteillages officiels (OB pour Official Bottling), affichant régulièrement 40%, 42% ou 44%, nous ont à chaque fois laissé songeur. « C'est vraiment bon, d'une belle finesse, bien balancé et boisé, mais qu'est-ce que cela donnerait avec quelques watt en plus ? ». Nous avons eu un petit élément de réponse ce soir même si cela reste notre première expérience d'un bdf chez Reimonenq. Cela n'a, en effet, pas été des plus positifs avec un déséquilibre flagrant en bouche, des épices qui chauffent le palais de façon presque dérangeante et une finale fort moyenne... Reste à voir si Reimonenq sortira un jour son propre brut de fût. En attendant une éventuelle sortie de leur part, devrions nous peut-être nous cantonner à la gamme traditionnelle et non réduite que la marque propose actuellement...

La dernière bouteille de la soirée a une saveur un peu particulière puisqu'il s’agit ni plus ni moins d’un cadeau de notre légionnaire Italien, Pietro ‘Piddusan’ Caputo...

Velier Foursquare 2006

Dégustation octobre 2016-  pt II

Posons un peu le décor : deux personnages emblématiques de l’univers du rhum s’unissent et collaborent afin d'établir une classification ô combien importante (et nécessaire) des rhums. Leur partenariat ne s'arrête cependant pas en si bon chemin!Récemment privé de ses entrées chez DDL, Luca Gargano, ira en effet puiser en Barbade dans la Distillerie Foursquare de son ami Richard Seale afin de nous "offrir" un nouveau collector. Distillé en 2006, ce rhum a intégralement vieilli sur place 3 ans en fût de bourbon et 7 ans en fût de cognac (principe de la double maturation et non de la finition ou de l'affinage). Après une perte évaluée à plus de 72% (part des anges), il a ensuite été embouteillé en brut de fût à 62% en février 2016 à raison de 2400 bouteilles. Il s’agit d’un single blended rhum (assemblage de rhums provenant de la même distillerie ayant été distillés de manière continue et discontinue, à partir d’alambic à repasse et de colonne traditionnelle). Cette édition s'est vendue très rapidement et parfois malheureusement au compte goutte ce qui a favorisé toujours un peu plus cette méprisable spéculation. En effet, alors que son prix initial était d’environ 90€, il n’a pas été rare de voir passer une de ces bouteilles dans les 250 € quelques jours plus tard. Au moment vous lisez ces lignes, sachez que ce rhum est déjà officiellement en rupture définitive...

 

Au visuel, nous sommes sur un cuivré aux légers reflets acajou. C'est relativement épais, gras et ça colle littéralement aux parois. Comme à l'accoutumé, les larmes prennent bien le temps de se dessiner et de se laisser aller vers le fond du verre.

 

Le nez est riche et on ne peut plus concentré. Très présents, l'alcool et le vernis se réservent les premières effluves. Le bouquet s'ouvre ensuite sur des notes plus pâtissières et plus gourmandes avec la présence d'orangette, de cacao, de café et de vanille. L'ensemble en devient même plus liquoreux.

 

L'attaque en bouche est assez douce mais ne tarde pas à délivrer toute sa puissance. Ainsi, nous retrouvons l'alcool, le zeste d'orange et le chocolat amer pour le côté gourmand. Nous avons droit aussi à de la coco, ce qui est souvent typique des rhums de la Barbade. Cette bouche se fait également plus beurrée par moment et plus végétale à d'autres.

 

 

La finale est relativement longue sur le chocolat noir amer et l'alcool.

 

Énorme buzz pour cette bouteille qui aura fait tourner la tête de bon nombre de spéculateurs d’amateurs. C’est souvent par deux voire trois (et même plus) que ces bouteilles ont été acquises puis fièrement exhibées sur la toile. Un succès beaucoup plus important que les propres embouteillages officiels de la marque. En effet à titre d'exemple, le 2004 de chez Foursquare (11 ans fût de Bourbon - 58% - environ 55€) n'a absolument pas connu le même tapage médiatique et le même succès commercial. La magie des bouteilles noires, on vous dit !! A Paris, Mister Gargano nous confiait même, presque gêné, qu'il ne s'attendait pas à un tel engouement. Ayant vendu son stock aux divers fournisseurs au environ de 50€, il déplorait simplement cette spéculation autour de ses produits... Pour notre part, nous avons globalement apprécié ce 2006 aux arômes plutôt gourmands mais pas pour autant accessible gustativement. Il s'agit d'un très bon rhum pour le moins puissant et au caractère des plus assumés. Donc pour toi, le néophyte, qui a fait l'acquisition d'une/deux/trois bouteille(s), n'ayant pas spécialement l'habitude de ce genre de produit et ayant certains doutes, aucun stress à avoir: tu la mets sur Ebay et elle partira dans la demi-heure pour au moins 200€. Pour ceux, qui revendent déjà ces bouteilles pour financer leurs prochains achats, à cause d'un déménagement ou à la suite du décès du chat, cela fonctionne aussi! En ce qui nous concerne, nous trouvons honnêtement que les prix affichés sur certains sites de revente sont absurdes (de 200€ à 350€), que ça ne les vaut absolument pas et que tout ça devient du grand n'importe quoi !!

 

Ceci étant, nous avons passé un agréable moment à le déguster et à débattre du sujet. Une fois encore, nous te remercions Pietro pour cette très belle marque d'affection. Nous avons eu encore plus de plaisir à le déguster! Grazie mille amico (à quand une soirée ensemble??). Pour le reste de la soirée, nous resterons sur bilan mitigé où l'excellent a côtoyé le moins réussi. Sur le papier, le line up était pourtant séduisant...nous tâcherons de faire mieux pour la prochaine soirée!

 

A bientôt pour de nouvelles notes!

 

Pour ceux qui désirent les fiches individuelles au format pdf, n'hésitez pas à vous rendre dans la rubrique téléchargement.

 

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